T’as raté ta vie, héros ?

Rebonsoir.

Avec un blog talentueusement nommé t’as réussi ta vie, connard, on estime avec un peu d’humour que les auteurs du dit blog sont donc des types sympa mais qu’ont rien réussi du tout.

Eh ben, c’est tout à fait vrai.

Finalement, le choix se fait de traiter de connards des personnages types comme Bernard de la Villardière, Nicolas Sarkozy, David Guetta ou encore Britney Spears ou Booba, qui gagnent sensiblement bien leur vie comparés à nous autres, qui ne faisons chier personne, qui n’imposons rien à la radio le matin, qui ne frappons pas nos femmes et qui décidons pas de la hauteur de votre salaire.

De véritables héros, voila ce que nous sommes dans ce monde moderne où pour réussir sa vie, connard, il faut savoir se garer sur des places handicapé, conduire des 4×4 sans jamais sortir de la ville, ne jamais parler à une meuf et juste la sauter sans qu’elle s’en aperçoive, et surtout, surtout, ne jamais se cultiver. Ta radio, c’est Fun Radio, ta culture, c’est celle de l’Etat, ton éthique, c’est être un mâle alpha – bien joué, tu as tout pour réussir ta vie de connard.

Image du talent moderne

Mais parfois le piège est fin, et il n’est pas tout les jours facile de repérer les embuscades tendues par la vie. Parfois, tu finis par penser qu’après tout peut-être que Dieu l’a voulu ainsi. Or, nous avons prouvé que Dieu manquait d’imagination, alors il est temps de bouger son gros cul, de réfléchir un peu, et de rater sa vie proprement, magnifiquement, afin de ne jamais finir fustigé dans ce blowwwg.

Voici quelques conseils très utiles.

Chapitre I – De la Science-Fiction

Personne n’aime la science-fiction. Vous pouvez essayer d’en parler en soirée, vous verrez, c’est trop marrant, ça fait chier tout le monde. Vous êtes donc sur la bonne piste. En parlant de science fiction, vous ne serez jamais vraiment populaire et admiré du peuple. Même en essayant de discuter la métaphorisation des sujets traités, la mise en abîme et la profondeur des réactions des personnages dû à la complexité des situations dans lesquelles ils sont placés et les conséquences positives sur nos personnalités en tant que lecteurs, et ben rien y fait, tout le monde s’en fout.

La science-fiction est là, du moins avec les bons auteurs, pour vous faire réfléchir à comment vous réagiriez dans des situations où vous ne maitrisez rien (ce qui est, par ailleurs, une des définitions de base du dico pour le mot « intelligence« ). On peut citer Douglas Adams et son Guide du Voyageur Intergalactique, qui prend un humain standard lambda, et qui en dix minutes l’expédie dans l’espace où ses droits de l’homme sont très vite limités, ou disons, remis à leur place face aux droits des autres races (qui fait d’ailleurs relativiser sur ce que nous, pauvres bêtes, appelons des races).

Un autre bon exemple reste Philip K. Dick (qui d’ailleurs, n’a jamais été vraiment populaire et à moitié taré tout au long de sa vie) écrivain de livres comme Ubik, vous surprendra sur la qualité psychologique des personnages, la profondeur et la complexité des problèmes qu’ils vivent et comment ils s’en sortent. Une lecture qui, à coup sûr, vous fera réagir sur vos soucis au quotidien, et vous les fera résoudre avec une toute nouvelle ingéniosité qui vous surprendra … Eventuellement, à vous poser ce genre de problèmes, vous arrêterez peut-être de réagir comme un connard, et du coup vous raterez probablement votre vie. La lecture de la page wikipédia liée plus haut vous donnera un aperçu de ce que votre cerveau est capable de faire – libre à vous de l’utiliser ou pas.

The Twilight Zone
(la Quatrième Dimension)
Pionnier du retournement cognitif.

D’autant qu’en soirée, si on parle culture, on peut faire semblant de parler de Pulitzer, de l’académie française et de plein d’autres merdes que les gens qui vous entourent ont probablement déjà croisé en résumé sur un blog de TF1, ou même dans les pages cultures de Marianne. Mais comme vous parlez d’un truc populaire et qu’ils auraient l’air trop cons à pas connaitre, ils vous assimileront en tant que ‘cultivé’ et essaieront de vous plaire en acquiesçant bêtement. Alors qu’avec la science-fiction, vous pouvez sortir le top du prix Hugo, du multi-récompensé disque d’or au festival du singe de Beijing resté à l’affiche aussi longtemps que Dark Side of the Moon, et ben non, que dalle, ça sera pas de la culture, ça sera de la merde, et vous rentrerez bredouille de cette soirée où d’ailleurs vous n’étiez même pas particulièrement venu chasser vu que vous n’êtes pas un connard.

Chapitre II – Des Jeux Vidéo

Ca, c’est très facile, mais le sujet m’intéresse moins car il a déjà été bien traité par beaucoup de gens. Il y a quand même ce côté magique, qui fait que seuls les gamers peuvent parler aux gamers, sauf cas rare (comme en SF d’ailleurs) mais où il faut alors sortir un argumentaire venu d’outre-espace, défendre avec acharnement pendant des dizaines de minutes et parfois utiliser un bon « ta gueule, laisse-moi finir » afin de pouvoir éventuellement faire comprendre que les jeux vidéos peuvent être intéressants. Ratez votre vie en disant que les jeux vidéo, c’est le huitième art. Mais non, Avatar c’est le septième art, et toi avec tes jeux vidéo casse-toi t’es qu’un gros loser.

Journey, un jeu « indépendant »

Sauf que la plupart des bons jeux vidéos vous font réfléchir autant que dans les (bons) films, et surtout vous donnent parfois la possibilité d’agir vous rendant responsable des conséquences dans l’histoire du jeu vidéo. On citera notamment les Fallout, qui en plus de vous placer dans un cadre post-apocalyptique réaliste (tout est en ruine, irradié, rien que trouver de l’eau potable c’est la guerre, tout le monde est à moitié fou et/ou en train de mourir de faim), vous permet de vous comporter comme un connard ou comme un loser, en essayant d’aider votre prochain.

Et après, on voit la réaction des politiques émerveillés ou attristés par des causes défendues par des films, comme Intouchables, ou Indigènes, et du coup ça crée de la bourse et ça organise des apéros … Si ça se trouve, si ces cons avaient pris le temps de se terminer le premier Fallout, ça ferait déjà dix ans qu’on serait sortis du nucléaire. A mon avis, les types qui se sont fait la série des Fallout quand ils entendent parler de Fukushima ils doivent être bien plus alarmés que le gouvernement japonais …

Fallout III, avec son petit côté humour acide.

Mais non, non, tout ça c’est pour les gosses, l’art, c’est ressortir Titanic en 3D et un voyage en yacht autour de la Sicile.

Y’a des gens qui savent même pas que Titanic ça a dix ans.

Y’a des gens qui savent même pas que c’est tiré d’une histoire vraie.

Connards.

 

Chapitre III – De la Spiritualité

Rien que d’y penser, ça me fait rire. Dans la sombre époque dans laquelle on vit, la spiritualité est un mot qui n’existe quasiment plus tellement son utilisation est devenue obsolète. D’ici dix ans, je pense que ça aura disparu, et que les dialogues autour du sujet finiront par dire que les musulmans/juifs/chrétiens/mormons envahissent la France. Dans un univers où la science est maitre, parler de phénomènes « paranormaux » (ou tout simplement de la pleine lune), c’est chier sur son avenir. Sans aller raconter n’importe quoi et avoir une foi inébranlable en un crétin imaginaire, qui dans beaucoup de milieux est un critère important de réussite et donc de connerie, pour être sur la véritable route de l’échec, il suffit d’avoir quelques pensées profondes, de chercher un peu en dehors des sentiers battus, d’essayer de (mon dieu !) se faire son propre avis … et de tenter d’en parler avec son entourage.

Vous croyez bêtement, par exemple, qu’en faisant des bonnes choses autour de vous, cela finira par rejaillir sur vous, tel une sorte de karma.

Mystère nocturne I

Félicitations ! C’est un excellent principe pour viander sa vie en beauté. Car le véritable connard qui a réussi et/ou qui va réussir, lui, il a cru tout simplement que pour qu’il lui arrive des trucs chouettes, il suffisait de les voler à coup de mafia, à coup d’exploitation, à coup de profit, à coup de trahison. Pire que d’y croire, il l’a choisi. Car croire en une forme de karma n’est pas complètement idiot même si votre Dieu est la science – en créant le « bien » autour de vous, il y a effectivement plus de chances que les gens vous le rendent ne serait-ce que par simple conséquence de vos actions, non ? Non ? Eh ben non.

Le vrai connard, lui, va simplement prendre ce que vous lui donnez et pour un con (respect) avant d’aller le raconter à ses petits camarades, auprès de qui il est populaire vu qu’il vient de leur payer un barbecue avec vos ressources extorquées à la trahison.

Tout ça pour dire que regarder l’horizon d’un air triste, se poser des questions sur le sens de la vie, se poser des questions sur pourquoi on se pose des questions sur le sens de la vie, et tenter de trouver définitivement une alternative au cycle humain se répétant depuis au moins deux mille ans, c’est un bon trajet de vie pour pas devenir président de la droite, commercial pour l’Oréal, trader en pétrole, dictateur afro-américain, rédacteur en chef de Voici, ou le type qu’a dit que le nucléaire ça craignait rien parce qu’on lui a filé un jet privé avec un lecteur blu-ray, parce que ça, c’est bien concret.

N’oubliez pas, non plus, de frapper bien fort sur tout ce qui s’approche de près ou de loin à la religion, montrez votre vraie foi en la Science et mettant au goulag tout ce qui ose croire en autre chose, torturez-les à la roue, au taureau, à la vierge de fer, façon inquisition, quoi. Ca serait dommage.

Inquisition II – In Relativity We Trust

 

Chapitre IV – Du Doute

Voila, rentrons dans le vif du sujet ! Vous allez adopter une marche à suivre qui vous semble risquée, un peu dangereuse, vous n’êtes pas sûr du bénéfice ni pour le plus grand bien ni pour vous, et cela vous ronge le cerveau. Résultat, vous hésitez, quitte à parfois changer d’avis ou reconnaitre votre erreur.

Diable ! Mais vous êtes fou ! Allons, ne soyez pas un loser, foncez sans réfléchir ! Vous aussi, réussissez votre vie de connard en ne reconnaissant jamais vos erreurs, en blâmant toujours la faute sur les autres couilles molles qui oui, eux, se sont dit qu’éventuellement, traiter ce type de fils de pute après avoir violé sa femme n’était peut-être pas une bonne idée. Faites-le façon président de la France, pardon, de la République Française, avec une main sur le coeur et une main spirituelle sur la bite, allez attaquer des types à qui vous avez vendu des armes deux ans plus tôt parce qu’ils ont des armes, indignez-vous pour les immigrés que vous avez vous même invités, acceptés, refusés, et blâmés, profitez de chaque instant sans réfléchir aux conséquences, on est à l’époque d’internet, bordel, improvisons !

Faisons pousser des OGM et distribuons les en grande surface, on verra plus tard si ça file le cancer, de toutes façons nous on bouffe pas cette merde mon pote on bosse à l’Elysée !

Et pour passer pour un héros, il suffit de faire un truc super sympa, il suffit d’assumer. Ou d’en avoir l’air. Genre vous l’avez fait parce que c’était la classe d’être un tel connard. Et hop. Ca vaut quand même grave le coup de pouvoir gérer soixante millions de personnes et de s’en servir uniquement pour faire le malin. Eh l’ENA c’est dur, une fois que t’es au pouvoir, t’es en vacances en fait, tu t’en bats les steaks avec des portes-fenêtres de l’humanité une fois que tu peux enfin faire quelque chose !

Tout le monde s’étant soigneusement habitué à garder ses doutes pour soi, de peur de passer pour une « tapette » et de risquer, en les partageant, de pas contribuer à l’effort humain d’enculer son prochain pour lui piquer sa meuf et son couscous, si vous voulez réussir votre vie, connards, une seule solution – des putes et de la cocaïne, pour une confiance en soi inébranlable et une connerie assumée, multipliée, suffisamment forte pour justifier votre paie.

En même temps, les putes et la coke, ça coute cher, mais eh, l’amour et le vin, c’est pour les losers…

… et le grand Pan est mort.

 

Chapitre V – De l’Expression des Sentiments

Wahahaha haha ha hahahaha, putain, qu’on est cons. Non, vraiment, c’est pas sérieux, je vais arrêter là cet article, je veux dire, où va-t-on, n’importe quoi, et puis quoi, lire des livres aussi non ? Ah la la, c’est génial internet, comment on peut en raconter des conneries ! Pfou, j’en ai mal aux côtes !

Je pense de toutes manières avoir bien fait le tour de tout les conseils évidents pour ne pas réussir votre vie, connard, et rater votre vie de héros. Repensez à tout ces romans, ces fictions, ces documentaires sur des gens dont la vie vous a paru exceptionnelle – dans la réalité, ça n’existe pas. Douter, exprimer ses sentiments, penser au-delà de son propre cul, voilà toutes les valeurs que le monde actuel ne vous demande pas et espère bien que vous n’ayez pas.  Pensez donc bien à baiser la copine du pote pendant qu’il regarde pas en glissant quelques ecsta dans son verre, ça serait dommage de pouvoir vivre sans la paranoïa à votre agence de vente de produits de décoration faciale fabriqués en graisse d’animaux disparus.

Non, un véritable héros regarde au fond des yeux en lançant un texte venu d’outre-espace directement dirigé à votre coeur, et tout ce que vous trouverez à répondre après un silence gênant sera: « Wouah, tu trippes toi ! »

Rien de tout ça n’est réel. Allez réussir vos vies …

… Connards.

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2 réponses à “T’as raté ta vie, héros ?

  1. il est drôlement fâché…
    il devrait changer de cercles, rencontrer d’autres gens, de ceux qui font, pas de ceux qui réfléchissent…
    et surveiller son vocabulaire ! je recommande la lecture de San Antonio…

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