L’art de vivre romantique au XXIème siècle

LE MONDE VA MAL.

Bon.

C’est con…

Voilà le triste constat auquel se borne l’essentiel de notre réaction face à cette assertion aussi tragique que banale, fatalisme révélateur du haut degré de notre impuissance et de la profondeur à laquelle nos doigts sont ancrés dans nos culs.

Faut-il pour autant désespérer de la situation et voir la vie de l’œil cynique et désabusé du misanthrope que les espoirs maintes fois déçus ont rendu amer, indifférent et hermétique à tout sentiment d’empathie ? (et Selma ?)

Oui, carrément. (Ça reste encore la solution la plus simple).

Mais oserait-on aller jusqu’à affirmer que l’âme humaine a perdu toute pureté et toute noblesse ?

C’est en tout cas dans ce monde incertain et cette ambiance de merde qu’une nouvelle génération romantique s’est épanouie. Insatisfaite du présent, rêvant d’ailleurs et rejetant une vision du monde qui déçoit ses attentes, elle incarne le désir de s’échapper vers d’autres cieux, de se soustraire en une fuite en avant désespérée à la morne réalité du présent.

Balbutiante il y a encore une quinzaine d’années, elle a depuis clairement pris ses marques et, au fur et à mesure qu’elle perdait dents et cheveux, acquis ses lettres de noblesse. Sa légitimité est aujourd’hui incontestable et reconnue de tous. (A l’exception notable de la grande majorité des personnes qui n’en ont parfaitement rien à branler).

Le désir d’évasion hors d’un présent médiocre ou douloureux amène les romantiques à se projeter dans un ailleurs que semble leur ouvrir le sentiment poussé jusqu’à son paroxysme.

C’est ainsi que l’exaltation d’une passion leur fait atteindre cette sorte d’éternité où le temps « suspend son vol » selon le mot de Lamartine : brève extase que certains, plus tard, chercheront à retrouver dans le crack, la vodka bon marché ou en se jetant dans quelque action violente comme protester contre la société de consommation en tenant un skyblog contestataire ou en refusant de se laver, mais qui rend d’autant plus pénible le retour au réel.

Car en définitive, le fait de se déchirer continuellement la tronche n’est-il pas simplement la reproduction poussée à l’extrême de l’exaltation du sentiment romantique ?

Le mal de vivre caractérise l’homme romantique. Poète incompris d’une époque trop prosaïque, mourant d’ennui pour être né « trop tard dans un monde trop vieux », son insatisfaction est à la mesure d’une sensibilité exacerbée et d’une hypertrophie du moi débouchant sur un véritable exhibitionnisme sentimental.

S’élaborant contre la tradition académique et néoclassique, ce courant fait triompher la spontanéité et la révolte là où dominaient froideur et raison, l’individu réclame son droit à la subjectivité et au rêve. (Bien que le gramme de rêve soit pas donné).

Réaction du sentiment contre la raison et véritable affranchissement des règles de pensée classiques, privilégiant la démesure et l’impulsivité à la pondération et au rigorisme des anciens, la démarche romantique ordonne de laisser libre cours à ses passions avec sa sensibilité pour seul guide.

Le romantisme est en ce sens une remise en cause radicale de la rationalité et de la réduction de la subjectivité à l’entendement.

Ils semblent habités par la nostalgie d’un âge d’or mythique, temps d’insouciance à jamais révolu où la vie semblait plus simple et la coke moins coupée.

Idéalistes passionnés, écœurés par un monde où la réussite de sa vie connard s’exprime bien souvent par l’exhibition de son niveau de vie à tous les passants en multipliant les signes ostentatoires de richesse (comme porter une montre de la valeur d’une baraque, fumer des cigarettes en or ou encore posséder son propre nain de compagnie), la nécessité impérieuse de se démarquer visuellement (car, c’est bien connu, ces traine-savates n’ont jamais une thune en poche) des carriéristes, arrivistes et autres maléfiques agents de Babylone s’est rapidement avérée primordiale.

Pour le coup, ils se sont pas ratés. La nouvelle génération romantique ne tarda en effet pas à marquer véhémentement sa farouche opposition vestimentaire en arborant non moins fièrement de véritables chiffons merdeux infestés de parasites mutants, gorgés de crasse et de mauvaise bière bon marché petits bijoux de création et d’originalité.
Il en résulte depuis moult attentats vestimento-capillaires commis quotidiennement en pleine journée et en place publique.
Le complet-veston n’attire plus les jeunes. Je sais pas ce qu’il leur faut.


Hommage visuel au pouvoir de l’imagination et du recyclage

Passés maîtres dans l’art de repousser continuellement les frontières connues du mauvais goût, ils semblent persuadés que le fait d’être crades comme des balais à chiottes et de ne pas porter de cravate les préservera de devenir des enculés comme tout un chacun, manichéisme naïf que l’on retrouve à l’occasion dans les envolées lyriques foireuses des chants illetro-contestataires où le simplisme peine à prendre l’avantage sur la niaiserie et qu’ils aiment à bramer autour d’une cagette et d’un pneu en flammes.

Les romantiques modernes ont pour coutume de se rassembler en petits groupes dans les jardins publics pour converser de la décrépitude de l’être humain et de la qualité de la weed autour d’un bon vieux pack tiède en soufflant dans des bouts de bois (sans doute un rite primitif pour prier quelque dieu païen).
Aah jeunes inconscients… Combien passeront ainsi à côté de la satisfaction modérée que procure la stabilité d’une vie bien structurée par l’activité professionnelle, l’emprunt à 4,25% sur 30 ans, la diversité de programmes offerts par la TNT et le bricolage ?

Ils s’épanouissent en toute quiétude en milieu tempéré et se nourrissent principalement de tabac à rouler, de DROGUE, d’éthanol et, éventuellement, de quelques bâtonnets de surimi les jours de gala.
Ce régime alimentaire leur confère parfois une indolence qui n’est pas sans évoquer la vivacité de méduses paraplégiques sous Stilnox, ce qui explique en partie le rejet dont ils font l’objet chaque été sur les plages de la part des honnêtes vacanciers.

Ce mode de vie s’accorde parfaitement avec les aspirations romantiques auxquelles ils sont viscéralement attachés, la mélancolie et la douleur d’être ainsi que les extases et les tourments du cœur et de l’âme sont allègrement transfigurées avec emphase en vomi, le rejet d’un monde glacé d’égoïsme qui court à sa perte s’exprime lui par une bonne vieille chiasse du lendemain.

Tantôt enjoués, fougueux et combatifs, tantôt abattus, découragés, nihilistes, souvent pas finis, ces feignasses pensent plus à squatter les parcs et les bois en descendant les grands crus de leurs parents mélangés à du Red Bull qu’à se lever le matin et prendre les transports en commun pour se rendre joyeusement au travail. On croit rêver. Ils voudraient changer le système alors qu’ils sont pas foutus de changer de froc une fois par mois, les connards.
Bref.

Souvent créatifs, ils lâchent aisément la bride à leur imagination en peignant avec les pieds d’immondes fresques sur des murs de squats pourris, en composant sur des guitares à 2 cordes et des djumbes troués des hymnes à la beuh doublés de sévères attaques finement ciselées contre la police ou en fabriquant des colliers et des bracelets à partir d’emballages de Babybel et de rognures d’ongles qu’ils tentent péniblement de refourguer à la sortie des Franprix.

Leur mode de reproduction est assez proche du notre mais je ne préfère pas en parler.

Ils prônent un retour aux sources, vivre en harmonie avec leurs morbaques et caguer au clair de lune en tutoyant les étoiles, le besoin d’une certaine simplicité face à un monde qui s’agite dans tous les sens sans savoir où il va.
Mus par le désir farouche (et la certitude) de lutter activement de par leur mode de vie contre cette société sans éthique et sans valeur, et par cette aspiration authentique de retour au naturel qui leur fait simultanément et sans broncher puer d’la gueule et des pieds comme c’est pas permis, les nouveaux romantiques incarnent cette pureté, cette soif de poésie et d’idéal, ce désir ardent d’épanouissement qui les pousse à fumer de l’engrais, à boire de l’alcool à 90° coupé au Destop et à s’enfoncer des tournevis dans les oreilles.

Un mode d’alimentation plus sain à base de diète et de choure dans les épiceries.

En quête perpétuelle d’osmose et de communion mystique avec l’environnement, ils cherchent dans la nature un miroir de leurs sentiments intimes.

Certains vont même jusqu’à se retirer en ermite ou en communauté dans les bois pour se rapprocher leur idéal (et ce ne sont pas toujours des putes ou des clodos).

Quittons sur la pointe des pieds ce charmant tableau et laissons ces gentils saltimbanques se finir tranquillement à l’acétone en rêvant d’unité, de fraternité et d’eau chaude.
Débouchons pour notre part une bonne ampoule de Valium et levons notre verre d’eau écarlate à la gloire de ces doux tarés qui font renaître et réinventent, toute proportion gardée et à leur manière, cet art de vivre et les aspirations et états d’âme qui en font la beauté.

Nan je déconne, c’est des GROS BRANLEURS.

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13 réponses à “L’art de vivre romantique au XXIème siècle

  1. Mouais … ce texte est peut être au second voir au millième degré, je ne le trouve que très peu drôle ! La jeunesse n’est pas foutue en l’air, et militer pour des causes justes n’est pas un manque de temps, vous pouvez me dire que toutes ces drogues sont de la pure merde, je suis d’accord, mais les branleurs dont vous discutez ont juste choisis de se « toucher les nouilles », chacun son mode de vie, chacun sa route, chacun son chemin !
    De la part d’un adepte des coiffures que vous qualifiez d' »attentats vestimento-capillaire »

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  2. Mouof, pas vraiment, c’est un peu la dèche. En ces temps difficiles les gens claquent moins facilement leurs commentaires élogieux.

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  3. Oh purée je suis plié en 4 j’en peux plus !
    Je me suis délecté de ce billet de la 1ère lettre jusqu’au dernier commentaire du Marechal en passant par les dessins.

    Longue vie à votre site et à vos posts pour mon plus grand régal.

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  4. Trop bon! Ça fait du bien de lire ça dans le RER qui me ramène du boulot: un collège, c’est à dire un peu la forge incandescente où naissent ces héros des temps modernes! Merci merci pour la grosse barre ! Et puis c’est plein de style, dans l’écriture comme dans les dessins!

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  5. C’est genial un tel texte qui oscille entre le deuxième et le troisième degré, entre style enlevé et complexe et humour façon langage parlé, j’adore le style.
    Un poil trop long est la seule critique que j’oserais prononcer. Bravo j’ai bien ri

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