T’as réussi ta vie, connard ?

T’as réussi ta vie, connard ? On ne peut que légitimement se poser la question, vous en conviendrez.
Mais que se cache réellement derrière cette obscure et mystérieuse formule ?
Amertume ? Jalousie ? Mycose mal soignée ?

Est-ce un cri de souffrance et de rejet rageusement lancé à la gueule du monde ?
Cette interpellation insultante vise-t-elle à provoquer une réaction, une remise en question chez le lecteur dubitatif ?
Ou ne s’agit-il que d’aigreur non retenue suintant le mépris et la suffisance ?
Slogan d’une société de conseil spécialisée dans les bilans de carrière à destination des nouveaux retraités ?
Nouvelle marque d’après-ski ?
Tag à la con sur un pont en Normandie ?

Oui et non. En tout cas pas seulement. Une seule certitude : on s’en branle. C’est pourquoi il me semble important de développer un peu le sujet.
Situé quelque part entre le gai désespoir, la mort cérébrale et la Charente-Maritime, ce site est un phare éteint sur le parcours instable et chaotique de tous les paumés, minables et autres inadaptés qui ne s’embarrassent guère d’illusions, subissent et gâchent pleinement et en toute conscience leur vie de merde. Une bouée crevée lestée d’un parpaing dans un océan de conneries pour tous ceux qui dégueulent leur exécration du monde, des autres, d’eux-mêmes ainsi que leur bile de bon matin en trempant leur clope dans le café.

Car en effet, quoi de plus agréable que la certitude quotidiennement ressassée d’avoir réussi sa vie connard ? (Une branche de rosier dans l’urètre sans doute).

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Je vous arrête tout de suite : effectivement, y’a une bouteille sur le dessin,mais ça ne veut pas dire qu’on s’adresse spécialement aux alcooliques, ni qu’on l’est nous-mêmes. En tout cas ça prouve rien.

Jetons brièvement quelques fondements.
Je vous demanderai au préalable de bien vouloir faire abstraction du patchwork informe et incohérent bordel et de l’amateurisme – que l’on qualifiera opportunément d’originalité – que constitue non seulement ce site, mais également chacun des articles qui le composent, et de bien vouloir croire au semblant de ligne directrice générale que je m’apprête à vous exposer.

Premièrement, cette invective s’adresse à toute la palette d’abrutis et d’enfoirés qu’il est possible d’imaginer sur une échelle allant du crétin lambda à Benjamin Castaldi. Un nuancier de la déchéance qui va de la détresse muette du naufrage anonyme du loser lucide dégustant son bol de gerbe quotidien, aigri par les frustrations accumulées d’une vie étriquée faite de désirs minables et de satisfactions à la hauteur de ses exploits, se suicidant confortablement à petit feu à la TNT (le truc dans la télé, pas l’explosif), à la prestigieuse caste des enculés éminents (je vous invite à ce sujet à (re)lire l’excellent article « Bernard de la Villardière : la noblesse du journalisme total » de ce vieux PéDagogue de Maréchal Boulon) en passant par les habitués des réunions tuning sur les parkings immaculés de nos innocents Carrefour ou les mecs qui ont choisi de devenir vendeurs de canapés par vocation d’enculer leur prochain. Mais le monde est trop grand et la nature trop féconde pour nous permettre de commencer à établir une liste.

T’as réussi ta vie connard, c’est aussi et bien évidemment l’échec, le reniement, la déroute dans toute sa splendeur, tel le guitariste 1er prix de conservatoire se rendant en studio enregistrer le jingle de la pub MMA (qui ne contient au demeurant pas de guitare) pour pouvoir bouffer, le comédien de 60 ans qui, après 30 années de théâtre classique, joue la reconstitution d’un cambriolage pour l’émission Suspect n°1, le dessinateur réalisant de niaises plaquettes d’information sur les MST à destination des collégiens, l’informaticien payé à créer les applications « COCU », « PRENOM » et « TAILLE_DE_TA_BIROUTE » pour smartphones ou l’ingénieur planchant sur l’ergonomie des prochaines saloperies en plastique rose qui vous ont tant fait saigner des yeux à noël et apprendront à vos filles à aimer la vaisselle et le repassage. (Au passage, ça fait plaisir de voir que certaines valeurs résistent à la décadence des temps modernes).
Et je ne vous parle pas de la solitude du journaliste en charge de la rubrique sudoku / mots croisés de n’importe quel journal d’information.

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La question de l’épanouissement se pose très tôt, un subtil équilibre à trouver entre écoute et le rayon jardinerie.

Mais pas besoin de faire preuve d’aptitudes particulières pour foirer sa vie avec panache. L’échec est à la portée de tous pour peu qu’on s’en donne les moyens. L’essentiel est de tenir sur la durée.

Conseils pour réussir sa vie connard à destination de ceux qui par extraordinaire se sentiraient trop bien dans leur peau :

Si votre quotidien vous est agréable, que tout roule, que vous soyez immunisé par votre propre connerie pour concevoir votre misère ou réellement épanoui, n’hésitez pas à suivre ces quelques pistes que nous vous présentons gracieusement pour vous aider à vous sentir un peu moins malin.
Une technique éprouvée, notamment pour les jeunes, consiste à placer la barre de ses ambitions déraisonnablement trop haut : se fixer un objectif inatteignable et faire la gueule tant que votre désir ne sera pas assouvi. Entreprenez par exemple de défoncer Victor Hugo en littérature, particulièrement si vous n’êtes pas foutu d’aligner trois mots sans faire chialer votre feuille de papier, d’humilier Einstein sur le terrain de la physique ou Rocco en matière de chignole. Privilégiez les aspirations que vos facultés vous permettent à peine de concevoir, le réveil n’en sera que plus brutal. Et si l’évidence de votre échec personnel est trop lourde à supporter, nous vous suggérons de vous décharger de toute responsabilité en accusant au choix la poisse, la fatalité ou le complot agro-israélo-reptilien.

IMPORTANT : Toujours bien ruminer sa merde, on a vite fait de se laisser distraire et de reprendre goût à la vie.
Au besoin, établissez une liste des raisons qui vous ont poussé à cesser de vivre pour vous reclure derrière cet écran.

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A titre d’exemple, quelques classiques :

– L’innocence à jamais perdue de vos vertes années (même pas compensée par des hordes de plantureuses nymphos ou de Chippendales bien montés), la nostalgie d’une époque révolue et idéalisée, lorsque l’être idéal qu’on voulait devenir se trouve confronté à l’immonde et néanmoins banale raclure qu’on est devenue.
Comparez vos rêves d’enfant à ce que vous êtes là, maintenant.
[ – Petit temps de réflexion -]
Alors ? Etes-vous devenu astronaute ou princesse ? Et BIM !!

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– Un boulot de merde que l’on a bien mérité infesté de cons (ou pas de boulot et l’idée insupportable de passer une nouvelle journée en tête-à-tête avec soi-même).

– Une situation sentimentale à l’agonie (ou un problème de connexion récurrent sur youporn)

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Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre. C’est regarder ensemble le même programme dans la même direction.

– Les blessures de guerre du passé non refermées – vexations, humiliations, perte d’amour propre, violence, abonnement dès 3 ans à Pèlerin magazine et autres terribles secrets que seule l’émission Confessions intimes est capable de nous faire accoucher.

– Le fait qu’un jour, votre année de naissance sera tout en bas du menu déroulant du site de commande de Viagra, de Botox  ou de slips absorbants en ligne, ce qui nous amène à :

– L’unique certitude de crever à la fin de la partie, avec de bonnes chances de voir partir préalablement ses proches.

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                                Image festive permettant de contrebalancer l’ambiance de merde provoquée par la phrase du dessus.

Car pour conclure, comme l’a si bien décrit ce philosophe des temps modernes Stomy Bugsy, « la vie c’est comme ça, on a pas tout c’qu’on veut mon gars ».

( Et c’est aussi valable pour les filles).

Je retourne quant à moi m’ouvrir les veines avec le dernier album de Jean-Louis Aubert. Bonsoir.

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3 réponses à “T’as réussi ta vie, connard ?

  1. Très bien écrit et j’avoue que je ne suis pas capable de rivaliser, du moins pas assez de motivation pour le faire.

    Pour illustrer mon propos, je suis tombé sur ce post en cherchant l’orthographe de « t’as reussi »

    On peut en dégager que le réferencement google marche plutôt bien 🙂

    Je n’arrive pas à cerner le sens de votre post, s’il vise plutôt à motiver ou l’inverse. Je tenais juste à appuyer ces côtés positifs s’il en contient et dire que vous pouvez trouver des opportunités ( dans le sens positif du termes) dans chacune des difficultés que vous avez sité.

    Oui la vie n’est pas toujours drôle, mais au moins c’est le seul signe de réussite qui nous restera avant la fin. Les des sont lancé et vous pouvez jouer stratégiquement (suivant votre morale que vous maîtrisez et vous pouvez en faire du bien ou du mal à votre gré) pour arriver à la case fin quand votre temps sera écoulé et dans les conditions que vous jugerai les plus optimales pour vous.

    Ça ne sert à rien de ne peut utiliser des gâcher des chances qu’on a pas encore vu, et si a la fin on s’aperçoit qu’on a été tellement malchanceux pour n’en aucune et bien tampis. Au moins on a joué jusqu’au bout avec ce qu’on avait…

    Aucune perspective n’a de clone puisque les limites on les appellent les infiniment petit. Segmentons dans chacun suivant ces capacité et surtout jouant jusqu’au bout, la seul certitude c’est que ça enlève au moins le regret..

    Bonne chance

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  2. Pingback: Live report – Les déclarations coup de poing de Xavier Bertrand | T'as réussi ta vie CONNARD ?·

  3. Pour aller plus loin sur le sujet :
    « Comment réussir a échouer » et « Faites vous mêmes votre malheur » de Paul Watzlawick

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