Héroïsme ordinaire – Il risque sa vie et prend sur son temps pour dégager de la route une pierre qui gênait le passage

Coup de projecteur cette semaine sur l’un de ces héros de l’ombre, anonymes au grand cœur d’ordinaire voués à rester dans l’oubli, dont l’action discrète et efficace contribue à rendre le quotidien moins pénible et le monde meilleur.

Lundi 17 juin, Bruno Berthier se rend à son nouveau travail en empruntant une petite route du Calvados, bien loin d’imaginer qu’il s’apprête à être l’acteur principal d’un évènement historique qui fera bientôt sa gloire. Il aperçoit soudain une excroissance se profiler sur le bitume à  quelques centaines de mètres devant lui : « J’ai pensé au début qu’il devait s’agir d’un chat ou d’un clébard crevé. On est habitués à genre de rencontres en milieu rural, je n’étais donc pas spécialement inquiet ».

Mais arrivé à la hauteur de l’étrange protubérance, il comprend en une fraction de seconde que ce qu’il avait pris pour une simple charogne puante dégueulant ses boyaux à la vue du tout-venant se trouve être en fait une pierre massive de pas moins de 7 kilos jonchant le côté gauche de sa voie. Faisant preuve d’un sang froid spectaculaire, il réagit en un instant : « J’ai tout de suite donné un p’tit coup de volant à droite, pour pas niquer ma roue » relate d’un calme olympien l’intéressé.

Mais ce n’est pas tout, car notre as du volant ne se contente pas d’éviter avec maestria l’impressionnant danger minéral : n’écoutant que son courage et son sens civique aigu, il décide de stopper son véhicule sur le bas côté et d’aller libérer lui-même la chaussée à mains nues. Déterminé, il vérifie que le passage est libre, puis empoigne à bout de bras l’imposant obstacle qu’il envoie d’un lancer prodigieux valdinguer en direction du talus. « C’était pas grand-chose, j’ai pensé qu’ça pouvait être dangereux » déclare le héros local aux nerfs d’acier qui a su conserver toute sa modestie, malgré l’immense popularité dont il fait maintenant l’objet auprès de ses concitoyens.

Suite à cet acte de bravoure, de nombreux témoignages de reconnaissance provenant de la France entière ont été reçus par la sous-préfecture de Vire : « Merci et bravo à Bruno ! La France a besoin d’hommes comme vous ! », « Big up à Bruno – C toi l’BO$$ », « Une page obscure de despotisme rocailleux se tourne enfin sur la route de Condé-sur-Noiraud » et autres chaleureux « Nono t’es l’meilleur !! ».

caillou

L’impressionnant bloc sera exposé dans le hall d’entrée de la mairie de Clécy en mémoire de ce jour où la volonté de l’homme a su triompher de la perfidie millénaire de la nature et des éléments déchaînés.

Cette démonstration de vaillance a été unanimement saluée par les agents locaux de la DDE accompagnés du préfet qui a notamment déclaré jeudi lors d’une cérémonie d’hommage Place du champ de foire : « Cette pierre était une menace sournoise et quotidienne pour tous ceux qui empruntaient cette route. Face à l’adversité, M Berthier a fait preuve d’un héroïsme hors du commun que chacun d’entre nous se doit de prendre pour exemple, et je me félicite que cet évènement au retentissement national ait eu lieu en notre belle terre de Basse-Normandie pour laquelle j’ai l’immense honneur d’œuvrer sans relâche depuis tant d’années ».

Du côté des autochtones fraîchement délivrés de cet angoissant péril potentiel, c’est le soulagement qui s’exprime : « On se sent plus rassurés maintenant. On avait toujours peur de se baiser un pneu, la mairie avait d’ailleurs fini par faire installer à proximité un panneau d’avertissement signalant ce maudit caillou » nous a confié le gérant du Vival de Putanges-Pont-Écrepin. « Par sa volonté d’acier et son geste courageux, cet homme a vengé d’un coup mon père, mon grand-père et toutes les générations de bagnoles qu’ils ont possédées. Gloire lui soit aujourd’hui rendue » clame un habitué du bistrot de Tinchebray. Le doyen de Saint-Germain-du-Crioult confirme quant à lui l’ancestrale malveillance de ce que les gens du pays nommaient encore récemment « la pierre à la con après le croisement du hameau des Eglantines » : « C’était un sacré bestiau… Il faisait déjà chier mes aïeux en calèche il y a 2 siècles, et ça fait des années que je manque chaque matin de me bouffer cette foutue saloperie de gadin. Chapeau au p’tit gars qui l’a terrassé ».

Tous souhaitent désormais tourner la page : « Nous allons maintenant pouvoir retrouver un peu de sérénité et réapprendre à vivre normalement » nous confie plein d’espoir le fleuriste de Saint-Vigor-des-Mézerets.

Un magnifique exemple de courage et de volonté qui nous l’espérons encouragera plus d’un de nos lecteurs à se réconcilier avec la vie et à agir à son niveau pour que le rêve d’une humanité unie, et par conséquent d’une partouze géante, ne soit plus un vain espoir.

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3 réponses à “Héroïsme ordinaire – Il risque sa vie et prend sur son temps pour dégager de la route une pierre qui gênait le passage

  1. Cette maîtrise parfaite des éléments naturels jonchant notre quotidien me rend admiratif.
    Une haie bien taillée dans un élan dominical, un petit sentier de montagne balisé qui serpente entre les tas de PQ dégueus des randonneurs estivales, c’est grandiose.

    Mais je me dois de m’élever contre ce conformisme paysagiste qui rend artificiel le naturel! Oui! Peut-être que cette pierre était là dans un but précis, comme ne pas aller à ton nouveau travail, pour réussir ta vie connard, ou te faire rencontrer un goguenard dépanneur charmant qui t’aurais proposé de te ramener dans son magnifique camion aux lumières à LED clignotantes!! Qui n’a jamais garder un coin d’ortie pour se rouler nu dedans à la mi-Avril? Qui n’a jamais sucer des branches de sapin? Qui n’a jamais jeté une ardoise à la figure de ses parents?

    Alors arrêtons nous pendant un court instant minéral afin de bien rentrer dans la pierre de ce caillou et d’assimiler toute la peine et la douleur engendré par le mépris de la plus belle chose sur Terre: l’homme. Respiration.

    Coeurdialement, un connard.

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  2. Troublante coïncidence : il n’y a pas plus tard que deux mois, onze jours, trois heures et vingt-six minutes, il m’arriva un événement particulièrement similaire.
    Rentrant à pied comme chaque soir de l’établissement secondaire où j’officie en qualité de professeur agrégé de classe normale, quelle ne fut pas ma surprise de constater que la chaussée restait encombrée de larges branchages fraîchement élagués à mi-hauteur de le rue Emile Reynaud et cela en sortie du virage sans visibilité suivant le croisement d’avec le boulevard Philipe Jourde sur les hauteurs du pays velave de Haute-Loire. Effaré par tant d’amateurisme de la part des service horticoles municipaux, j’osai l’interdit et m’engageai la sur voix carrossable en dehors des clous afin de soulager mes concitoyens d’un inévitable impact accidentel et cela malgré le danger imminent et imprévisible d’un accrochage avec une automobile sortant du virage sans visibilité en amont du boulevard Philipe Jourde précédemment nommé. Tout ceci je tiens à le souligner ici par écrit, en toute connaissance de cause des dangers potentiels pouvant intenter à mon existence. Ce n’est qu’après avoir dûment dégagé une dizaine de mètre linaire de la rue Emile Reynaud susnommée que je quittai humblement le théâtre des opérations en direction de mon logis.
    J’estime qu’il est du devoir de chacun d’en faire autant ainsi je me refusai à faire étalage de ma bravoure en société mais les honneurs rendus par la Nation au brave garçon dont vous comptez les hauts faits me font ressentir ce cruel constat : sans m’attendre à recevoir séant les palmes académiques je me sens malgré tout quelque peu bien enculé à sec avec du gravier.

    Marcel Chisychise

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