Lettre Ouverte à vos Mères (et la troupe entière de leurs aïeux)

Salut les connards,

Je suis bien conscient de l’extrême qualité de votre culture et intelligence et de la faiblesse de la mienne qui mérite perpétuellement d’être améliorée, vu qu’après tout, j’ai qu’un bac ES sans mention, et que vous avez sûrement un doctorat de géopolitique internationale ou en socio psychologie, et je vous remercie de votre dévotion à aider votre prochain et à l’accompagner au travers de la douleur jusqu’à un parfait Valhalla.

200_s

Mais en vrai je vous emmerde. Primo, réglez vos propres merdes, y’en a déjà pas un huitième d’entre vous qui pige quoi que ce soit à sa génération, mais qui va quand même nous chier du généralisme à trente francs (quinze francs avant, quinze francs après) à base de « les mecs ils sont comme ça, les femmes comme-ci », « arrêtez de regarder la télé » (putain genre j’ai encore une télé), « sombrez pas dans la peur », « le racisme c’est vilain » et autres billevesées absolument merdiques de condescendance et qui vont servir à rien à part briller au concours de beauté.

Et pour prouver que je sais de quoi de parle, je vais vous parler de chaussettes.

img_8083

C’est en 1997 que ma propre mère a découvert que parfois, je mettais pas les mêmes sortes de chaussettes. Genre à gauche, j’en mettais une blanche, et à droite, une grise. J’avais déjà rapidement arrêté de les ranger par paires parce que ça sert enculé de à rien à part te faire perdre du temps dans ton rangement de linge, que je sais pas vous mais moi perso c’est pas sur mon Top 10 des trucs à faire de la journée.

Horrifiée par ce fait, elle s’écria un truc assez épique du genre : “Han ! mais comment tu vas faire si t’as un accident ?”

– « Comment ça si j’ai un accident ?”
– “Bah oui si tu te fais renverser par une voiture et que tu vas à l’hôpital ?”
A ce stade là de la conversation j’affichais ma plus belle expression de totale incompréhension.
sage-stallone-apres-l-emotion-l-incomprehension_article_landscape_pm_v8
Elle reprit donc :
– “Bah oui les docteurs ils vont voir que t’as pas deux chaussettes pareilles !”
Je pris donc le temps de lui expliquer mon point de vue, qu’honnêtement, en 1997, j’espérais bien que personne en avait rien à foutre de mes chaussettes, et même j’osais me dire que les docteurs auraient probablement autre chose à foutre que de parler du fait que j’ai pas deux chaussettes pareilles.
Ou même trouées, d’ailleurs, parce que ouais ça va je m’en bats bien les couilles. Déjà, je suis incapable de dire quelle paire de pompes les gens portent, la marque de leurs fringues, et leur nouvelle couleur de cheveux. Je suis pas aveugle, hein, juste, je m’en tape. Les postures et le langage physiques apprennent beaucoup plus sur les gens que leurs habits.
Et même, ils se moqueraient. Putain, je me réveillerais, ils me regarderaient avec un sourire, ils diraient : “haha on a vu que vous aviez pas deux chaussettes pareilles” et moi, ma jambe dans le plâtre et la gueule dans le cul de l’anesthésie, et je leur dirais “bah putain il doit être chiant votre boulot pour que vous ayiez rien d’autre à foutre que de remarquer ça”. Et on passerait à autre chose.
funny-doctors-masks
Un jour, une demoiselle à qui je plaisais bien eut la décence de remarquer mon staïle trop cool de mec qui met pas deux chaussettes pareilles. “Hey, regarde, moi aussi je mets pas deux chaussettes pareilles !” Elle entreprit de me montrer qu’à gauche, sa chaussette était rose, et à droite, bleue. J’ai trouvé ça rigolo sur le moment, et puis j’ai compris toute l’étendue du drame – c’était un style. Elle avait fait ça par style. Parce que sans déconner c’était les deux mêmes chaussettes, y’avait juste la couleur qui changeait. La même taille. Pile poil. Avec les coutures aux même endroits et tout.
Donc en plus de remarquer un truc complètement futile chez moi (alors que j’ai un magnifique bac ES, c’est quand même pas d’la merde), elle avait vu un signe de gang dedans. J’étais maintenant membre du gang des “gens trop cools qui mettent pas deux chaussettes pareilles”.
12309006_10153792012149292_1739148966_n
18 ans plus tard rien n’a changé, y’a toujours un type ou une nana quelque part pour mater mes grolles et remarquer que j’ai pas deux chaussettes pareilles. En 18 ans et à l’orée d’une troisième guerre mondiale, y’a toujours les mêmes merdes au collège qui te font chier parce que t’as pas un sweat Quicksilver. Y’a toujours la même mère qui fait encore des remarques sur tes fringues, alors que t’as 60 ans et toutes tes dents.
En 2015 comme en 1885, ça chie de la lettre ouverte par paquets de douze, et ça donne des conseils à tout va sur comment il faut réussir sa vie connard, et ça pond de la métaphore sur la vie qu’a autant de sens et de profondeur que de beurre au cul. Non, la vie c’est pas une putain de cigarette. Non, l’amour c’est pas comme prendre un train. Et vas-y que ça balance tout ça sans sourciller, que c’est content de sa connerie et c’est sûrement super fier d’avoir participé à ce merdier général qu’est notre monde en ayant balancé un sublime message d’amour qu’a fait 300 clics en deux jours et qui quand il sera relu une semaine plus tard aura autant de sens que le boulevard du Vieux-Sens, c’est à dire, pas des masses.
Tout ça parce que tout le monde est persuadé que le problème vient d’ailleurs. C’est jamais nous. Nan. “Moi contre mon frère, moi et mon frère contre mon cousin, moi, mon frère et mon cousin contre l’étranger”. C’est toujours les autres. Bah déjà avant de donner des conseils aux truies, regarde donc dedans ton nombril. Regarde au plus profond de ton âme et vois comme elle est sale et noire, avec sa chaussette grise et sa chaussette blanc cassé.
Déjà t’as des chaussettes.
Bisou.
@hordecall
P.S: oui, je saisis l’ironie de cette lettre ouverte, merci.
Publicités

4 réponses à “Lettre Ouverte à vos Mères (et la troupe entière de leurs aïeux)

  1. Comme dit mamie : « Pète un coup, ça ira mieux. »
    Eh oui, non seulement le pet peut soulager les intestins, mais c’est aussi un excellent remède contre les prêcheurs de ptits principes. Mais pas le petit pet discret, hein, celui où qu’on peut tousser pour le camoufler. Non. Le gros pet bien gras. Ça les éloigne, ces relous. En bonus, ça marche aussi contre les harceleurs de rue :
    « Eh m’dame, t’es bonne, tu m’suces?
    – {PROUT PRRRRRRT PPPP PPRT} »
    Ça les calme direct ! Hop, tranquillité retrouvée !
    Testé et approuvé.

    J'aime

  2. épouse moi.
    (enfin non, hein, ce serait pas un service, hein, mais c’était pour faire genre jte dis que jtaime sans histoires de train tavu bref)

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s