Déclaration administrative d’amour n°2743

Direction des ressources humaines                                                                                                      Paris, le 16 mars 2016

Service de gestion du recrutement des personnels contractuels

Case courrier 6DGS03

Déclaration administrative d’amour n°2743

Réf. Dossier : JGF456TCHINFR92

 

Très chère n° candidat VJ562,

C’est avec un trouble immense que je réponds enfin à votre envoi en date du 16 mars 2016 relatif au recrutement JGF456TCHINFR92 pour l’académie de Créteil.

J’ai reçu voilà déjà 2 semaines avec une émotion non moins intense votre bouleversant dossier de candidature au recrutement 74B215.

Votre écriture sur l’enveloppe m’a immédiatement touché, bouleversé devrais-je écrire, si belle, si gracieuse, cette rencontre a été pour moi un véritable coup de foudre et je n’oublierai jamais cette matinée ensoleillée de mars 2016 (le cachet de la poste faisant foi). Tout était si harmonieux, parfaitement agencé, l’espace si merveilleusement et habilement habité jusque dans le moindre détail. Même l’autocollant du recommandé et le tampon du bureau de poste s’accordaient à merveille à ce tableau divin, preuve manifeste que je ne fût pas le seul à être inspiré par votre enivrante calligraphie.

Tout le monde à la DRH a été impressionné par tant de grandeur esthétique et je peux vous dire que j’ai fait plus d’un jaloux en tant que destinataire d’un pli si beau et si émouvant. (Ne vous inquiétez pas, je n’ai montré que l’enveloppe et nullement son contenu, notre secret sera préservé).

Puis j’ai senti un vide, une détresse profonde m’envahir : et si c’était une erreur ? Et si ce n’était pas pour moi ? Après avoir fébrilement vérifié trois fois le doute n’était plus permis, cet envoi m’était bien adressé personnellement, à moi, service de gestion du recrutement des personnels contractuels. Quel bonheur, quel soulagement !

Vous savez ma chère et tendre, il m’a fallu du temps pour ouvrir cette enveloppe bénie des  dieux. Je peux maintenant vous avouer que j’avais peur,  j’étais déstabilisé, je craignais de rompre le charme, de ne découvrir sous cet emballage si troublant qu’une vulgaire demande de formulaire C14, triste et froide comme le carrelage des wc le matin, un simple document administratif dénué de sentiments, ou pire, une blague des collègues pour rire à mes dépens. Le doute et l’effroi m’ont également envahi : et si c’était une écriture d’homme ?! Impossible. Tant de grâce et de volupté ne sauraient émaner de la gent masculine et de son inévitable lot de brutalité et de vulgarité.

J’en reviens à votre tendre déclaration : cette façon mutine de faire les N, cette espièglerie dans la manière de ne pas terminer complètement la barre des T, la forme révolutionnaire du code postal (et sans parler de la magnificence de vos A majuscules) : madame si tous les candidats avaient votre grâce, votre volupté, et cette façon désarçonnante de faire des ronds à la place des points sur les i, nul doute que le bonheur de l’humanité ne serait plus un rêve vain.

Depuis notre rencontre, cette enveloppe trône sur le mur en face de moi juste au-dessus de l’écran de mon ordinateur et à côté de ma pile de décrets préférée. Je la contemple amoureusement et rêveur mille fois par jour, elle me donne du baume au cœur.

Puis quand j’ai découvert sous l’érotique couche de papier kraft légèrement striée votre dossier de candidature au recrutement précité, mon pauvre cœur s’est emballé à la manière d’un étalon fougueux galopant sauvagement sur une plage sauvage et embrumée du Nord-Pas-de-Calais éternel.

Ce dossier, cette déclaration enflammée, cette promesse d’une passion ardente à peine voilée, impudique parfois même (ce qui n’est pas pour me déplaire même si  je ne voudrais pas brûler les étapes d’une relation qui s’annonce si forte et si noble) m’a fait bouillir le sang et mis tous les sens en émoi.

Je fus incroyablement touché par la manière dont vous vous êtes confiée à moi, dévoilée entière et sans artifices. Cette mise à nue de vos sentiments, allant jusqu’à me fournir la copie des justificatifs de vos états de services publics et privés (non agrafés et pour la période mentionnée en page de garde du dossier de candidature conformément aux dispositions prévues par l’article 4 ter du code du travail) m’a ému jusqu’aux larmes.

Tous ces détails sur votre passé professionnel, c’est plus que votre cœur que vous m’avez ouvert, c’est votre vie entière. Vous avez raison mon amour, nous devons être francs et sincères l’un envers l’autre et il me tarde de vous livrer tout de moi à mon tour (attestations de formations, CV et lettre de motivation, rapport d’activité et d’aptitude professionnel et ce jusqu’au moindre justificatif).

Sachez mon amour que votre confiance ne sera trahie.

Oui, vous m’avez pris dans vos filets, j’y suis tombé à corps perdu, et j’enlace depuis secrètement votre dossier chaque jour sur l’heure de pause du midi (et tant pis pour la farandole de desserts à la cantine, penser à vous nourrit mon âme comme au moins 2 parts de flan coco). Le frôlement de votre pièce d’identité COULEUR en 2 exemplaires (non recto verso) sur mes lèvres m’entraîne dans des élans de passion indescriptibles. Caresser langoureusement votre page de déclaration d’état civil me met dans un état de trouble mêlé d’excitation irrépressible, un émoi jusqu’alors jamais ressenti.

La sensualité de votre signature et les détails intimes de votre identité sur la page de déclaration des informations nécessaires à la demande d’extrait B2 de votre casier judiciaire brûle mes sens, le soin et le raffinement que vous avez pris à séparer chaque catégorie de documents par une légère et suave pochette plastique transparente comme autant de dessous affriolants m’a littéralement fait perdre la raison.

Dégrafer la voluptueuse liasse de vos contrats antérieurs m’a mis dans tous mes états. C’était si excitant, licencieux, à la limite de l’obscène. (Pardonnez cet élan impudique et fougueux mais sincère).

Tant de détails, de signes malicieusement distillés, de messages à peine masqués, le choix d’une enveloppe lisse, non râpeuse, avec ouverture prédécoupée, tant de petites attentions évidentes sur vos sentiments pour qui a su garder un cœur de poète et l’âme romantique des chevaliers de bureaux modernes.

Votre déclaration sur l’honneur dument complétée et signée me prouve s’il fallait en douter la sincérité et l’intensité de votre engagement.

Enfin, ce petit mot manuscrit, si engageant, si prometteur : « Merci de bien vouloir me tenir informée quant à la suite de ma candidature. Bien cordialement ». Un véritable appel à aller plus loin, message reçu 5 sur 5.

C’est le cœur noyé d’un bonheur inégalé et sur mon bordereau le plus beau (celui destiné à la Direction générale des services) avec du papier à en-tête que je vous dévoile à mon tour ma flamme éternelle. Avec vous j’ai l’impression d’avoir enfin trouvé ma place dans les dossiers suspendus de l’amour de la grande armoire de classement de la vie.

A bientôt mon amour, chaque nouveau jour sans avoir de vos nouvelles m’est plus insupportable qu’un courrier sans le coup de tampon de la date de réception ou qu’une semaine sans réunion de service.

A jamais à toi, ton tendre service de gestion du recrutement des personnels contractuels dévoué corps et âmes.

Mike Borowski aime enculer des chiens morts

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